Il était une fois au Mali (suite) : Des évènements inoubliables

Vendredi, 12 Mars 2010 12:54

Il y a bientôt 9 ans (soit le 23 Mars 2001), le confrère “L’Essor” publiait un article sur les douloureuses circonstances des évènements de Mars 1991 qui avaient précipité la chute du Général Moussa Traoré et son régime. Puisque cette année 2010 consacre l’implication de tous les Maliens dans la mouvance du Cinquantenaire de l’Indépendance du pays, il paraît indiqué de revenir sur le fil de ces évènements qui ont endeuillé bien des familles et mis l’économie du pays presque à genoux, même s’ils ont ouvert la voie d’une nouvelle ère de démocratie et de libertés plurielles. Aussi, pour “rafraîchir les mémoires“ et inciter tous les Maliens à une méditation porteuse de plus de sagesse, de citoyenneté et de patriotisme, nous nous faisons le devoir de publier cet article intitulé “LA NUIT OU LE DESTIN BASCULA : ...Et tout fut terminé à minuit et quart“.

“ En 1989, ATT, avec un groupe d’officiers (au sein duquel Lamine Diabira, le futur putschiste de Juillet 1991, joua un rôle très actif) discutait de la possibilité d’un coup d’Etat pour mettre fin à un régime dont le côté autocratique allait à l’évidence continuer à se renforcer. Mais l’initiative ne dépassa pas le stade de projet : l’un des conjurés laissa échapper quelques mots imprudents dans un lieu inapproprié, et le groupe se dispersa.

ATT jugea plus prudent pour lui d’effectuer le stage de l’Ecole de guerre, stage programmé depuis 1987, mais constamment reporté sur le refus de Moussa Traoré (celui-ci, qui n’a jamais nourri une affection particulière pour la France, jugeait que les séjours à l’Ecole de guerre étaient mis à profit pour “retourner” ses officiers contre lui).

Parti à Paris en Août 1989, ATT se retrouvera, à son retour en Décembre 1990, dans une situation des plus inconfortables. Après quatorze mois de stage qui étaient censés lui assurer une promotion, il “flottera” sans affectation pendant trois mois.

Deux entrevues avec le Ministre de la Défense d’alors ne le fixèrent pas sur son sort ; et il comprit assez vite que l’on était réticent à lui confier un commandement. Finalement, ce ne fut que le 14 Mars qu’une note de service le remit à la tête du Bataillon des Parachutistes, après qu’il eut refusé un placard à l’Etat-Major Général.

Peu après son retour, ATT assista à la violente répression du 22 Janvier 1991. Il décida alors de “ressusciter” son projet de coup d’Etat et s’en ouvrit au Général Ouologuem. Ce dernier ne put l’appuyer que de ses conseils, tout commandement lui ayant été retiré. A partir de la mi-Février, ATT reprit contact avec certains acteurs du Mouvement démocratique auxquels il avait fait part de ses intentions.

La récupération de son commandement précédait de peu le sinistre vendredi noir du 22 Mars, et la tournure prise par les évènements le pressait d’agir. Le Bataillon Para suffisait pour un coup de force, mais la réussite de celui-ci nécessitait la solidarité du reste de l’Armée. Ce fut pourquoi le même vendredi 22 Mars dans la soirée, ATT prit attache avec Kafougouna Koné, alors Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, pour que les BRDM appuient les Bérets Rouges dans leur action.

Kafougouna donna son accord, mais demanda quarante-huit heures pour mettre au point la manœuvre. Entre temps, ATT avait réuni tous les officiers de son bataillon qui se déclarèrent prêts à passer à l’action. Le Capitaine Siaka Koné fut chargé d’activer les préparatifs matériels.

Le lundi 25 Mars, à 13 heures, le Bataillon Para affichait déjà sa dissidence. En effet, à une mission de l’Etat-Major qui venait pour expliquer les accords de Tamanrasset conclus avec la rebellion touarègue (détail ubuesque dans l’atmosphère d’alors), ATT, devant ses officiers, déclara que désormais, son corps refusait tout ordre qui l’amènerait à tirer sur les civils. Le Rubicon était franchi, le Lieutenant-Colonel des Paras ne pouvait plus tarder à faire le pas décisif. Tout montrait que la tragédie malienne allait en s’aggravant.

Samedi 23, dans la matinée, ATT avait rencontré, au Camp, des éléments du SNJ (Service National des Jeunes : NDLR) venus recevoir leur injection de TAB. Lorsqu’il s’était approché pour les saluer, certains l’avaient apostrophé avec violence pour lui reprocher sa “passivité”, alors qu’on tuait des innocents. Le même jour, des membres du Mouvement démocratique l’avaient touché pour dire qu’ils étaient obligés, pour leur sécurité, de plonger dans la clandestinité. Le lundi matin, un officier lui avait raconté la mort atroce d’un policier devant le Commissariat de la Poudrière.

Attendre plus longtemps ne pouvait que rendre apocalyptique une situation devenue intolérable. D’autant plus que des rumeurs de plus en plus précises faisaient état d’une médiation possible d’officiers supérieurs auprès de Moussa Traoré, afin que celui-ci accepte l’ouverture politique réclamée par le Mouvement démocratique avant le déclenchement de la tragédie. Ce qui n’aurait nullement constitué une solution au cycle de violence qui paraissait irrémédiablement enclenché.

Les Paras devaient passer à l’action le 26 Mars à 4 heures du matin (le plan d’opération leur fut communiqué). ATT avait prévu d’avoir recours uniquement aux éléments de son camp et laisser hors du coup ceux de la Garde présidentielle basés sur la route de Kati et sur lesquels l’Aide de Camp Oumar Diallo (Birus) gardait un œil vigilant.

Mais malgré ses précautions, les préparatifs s’ébruitèrent, et le lundi 25, vers 21 heures, ATT reçut un appel téléphonique de Birus lui demandant de venir le rencontrer seul à son domicile. Malgré l’avis de ses officiers et de quelques civils qui étaient déjà là, ATT décida de répondre à “l’invitation”, mais en donnant, à ses Paras, l’ordre d’investir la villa de l’Aide de Camp s’il n’était pas de retour au bout d’une demi-heure.

Au rendez-vous, l’officier trouva Birus, Anatole Sangaré et Oumar Traoré, un adjoint de l’Aide de Camp. Oumar Diallo commença par une longue introduction sur la situation catastrophique, sur les massacres et sur l’obstination du Président à refuser la nécessité d’un recul. Il se proposait donc pour appuyer le coup d’Etat ; et comme gage de son engagement, il promit à ATT de lui faciliter l’accès du bureau de Moussa Traoré.

L’accord fut scellé, et ATT, après avoir rejoint son camp, y fit sonner l’alerte. Aux environs de 22 heures 30, il monta à Koulouba avec un groupe de quatre hommes dans un véhicule. Son Adjoint Siaka Koné devait le rejoindre avec deux autres véhicules.

Arrivé à Koulouba, vers 23 heures, le Lieutenant-Colonel alla directement voir le Chef de poste de service cette nuit-là, l’Adjudant-Chef Yacouba Diakité, et lui fit part de sa décision d’arrêter Moussa Traoré.

Le sous-officier et ses hommes, sans hésiter, se mirent à sa disposition. Après avoir donné l’ordre à l’Adjudant-Chef de bloquer toute personne qui tenterait de quitter le Palais, ATT reprit la route, mais en direction du Camp de la Garde présidentielle situé légèrement au-dessus de carrefour du Point G.

Là, il rencontra le Commandant de Compagnie, le Capitaine Fatogoma Sountoura et son Adjoint, le Lieutenant Ousseyni Tamboura, qui se rallièrent sans hésiter au coup d’Etat. Comme le firent les Paras de la Garde présidentielle lorsqu’ils furent informés de la situation.

Il était près de minuit quand ATT regagna Koulouba où l’attendaient Siaka Koné et son groupe. Vers minuit dix, les deux officiers pénétrèrent dans le Palais avec six hommes, les Caporaux Nawé Keïta et Souleymane Dao, et les soldats de première classe Boubou Sidibé, Soumaïla Coulibaly, Siaka Diarra et Yacouba Togola.

La petite troupe se dirigea vers le bureau d’Oumar Diallo qui avait regagné Koulouba juste après l’entrevue de 22 heures. L’Aide de Camp monta avec ATT et quatre paras dans l’ascenseur qui donnait accès au bureau présidentiel. Les autres empruntèrent les escaliers pour couper la retraite éventuelle de ceux qui auraient voulu s’échapper par là.

Arrivé devant le bureau présidentiel, Birus en indiqua la porte du doigt, et les cinq hommes qui l’accompagnaient y firent irruption. Ils trouvèrent Moussa Traoré en conclave avec Bouillé Siby, Secrétaire Administratif du BEC (Bureau Exécutif Central : NDLR) ; Monzon Keïta, Secrétaire aux Affaires Culturelles du même BEC; le Général Mamadou Coulibaly, Trésorier du BEC et Ministre de la Défense ; Moulaye Haïdara, Ministre de l’Agriculture ; Mamadou Dème, Ministre de l’Industrie ; le Colonel Ousmane Coulibaly, Chef d’Etat-Major Général et Idi, le fils de l’ancien Président“ .

(A suivre)

Rassemblées par Oumar DIAWARA

(Source : Journal “L’Essor ”)
(PS : Le titre, le sous-titre et l’inter-titre sont de la Rédaction)

 

Mise à jour le Vendredi, 12 Mars 2010 13:01