
La conférence des ministres des Affaires étrangères de 7 pays sahélo-sahariens (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie, Libye et l’Algérie), convoquée dans une promptitude inexplicable et autour de motifs aussi suspects, le mardi 16 mars par l’Algérie n’aura pas été une sinécure pour le chef de la diplomatie malienne, Moctar Ouane. La conférence qui était apparemment dirigée contre le Mali pour avoir libéré des terroristes d’Al Qaïda, aura vu, selon des sources, Moctar Ouane claquer la porte des discussions pendant de nombreuses heures. Quid du Maroc qui a été purement et simplement exclu !
Pourtant, beaucoup d’observateurs avertis avaient indiqué que la présence du chef de la diplomatie malienne à la fameuse rencontre ministérielle, organisée sur fond de procès à l’endroit de notre pays, n’était pas opportune. D’abord parce qu’elle intervenait dans la foulée d’une crise diplomatique ayant vu Mauritaniens et Algériens rappeler leurs ambassadeurs en poste à Bamako pour consultation en guise de protestation contre la libération des 4 terroristes d’Al Qaïda par notre pays en contrepartie de l’élargissement de l’otage français, Pierre Camatte, libéré le 23 février dernier.
Secundo, la conférence d’Alger du 16 mars est intervenue à un moment où du côté d’Alger, les inquiétudes par rapport à une ingérence des puissances extérieures (Europe et les Etats-Unis) sont grandissantes. L’Espagne, qui préside l’UE, invite ses alliés à aller faire le ménage dans une zone qu’AQMI chercherait à transformer en un nouvel Afghanistan. Qui plus est, la France, la Grande-Bretagne, mais aussi l’Espagne et l’Italie auraient mis au point un plan d’intervention à partir du Mali et du Tchad, où Paris est déjà présent militairement. En outre, selon le journal algérien « Liberté » du 16 mars, les services de renseignements de six pays de l’UE se seraient réunis à Niamey (Niger) pour coordonner leur stratégie sécuritaire.
Les États- Unis ne sont pas en reste : ils n’ont pas renoncé à impliquer l’Algérie dans leur stratégie de « guerre contre le terrorisme ». D’où les craintes d’Alger (le pays a une frontière de 3 700 km avec quatre pays sahéliens) qui, par l’intermédiaire de son Ministre des affaires étrangères, Mourad Medelci, avertissait que « le Sahel ne doit pas être surmédiatisé comme on tente de le faire un peu trop. Nous devons faire en sorte que les pays de la région gèrent eux-mêmes ce problème ». Ces craintes apparaissent d’autant plus justifiées que Washington, vite suivi par Paris, a inscrit l’Algérie sur la liste noire des 14 pays dont les ressortissants présenteraient un risque pour la sécurité des pays occidentaux.
Si tel est le contexte de cette conférence, on le voit, elle n’a pas été convoquée par son initiateur avec une foi sincère. Voilà pourquoi cette conférence était qualifiée comme une classe que l’Algérie a organisée à l’intention de ses « élèves ». Elle a donc réuni ses 7 élèves pour leur prodiguer des conseils et sermonner le Mali qui, dit-on, s’est rendu coupable d’un péché originel en cédant sous la pression française pour libérer les 4 terroristes d’Al Qaïda (2 Algériens, 1 Mauritanien et 1 Burkinabè).
Ainsi le Mali a été présenté comme un mauvais élève qui n’a pas respecté la Convention bilatérale de coopération judiciaire et a, par la même occasion, violé les résolutions pertinentes et contraignantes du Conseil de sécurité des Nations unies et les engagements bilatéraux, régionaux et internationaux de lutte contre le terrorisme. Un véritable cours magistral qui n’a pas été facile à digérer par le chef de la diplomatie malienne, Moctar Ouane dans le luxueux hôtel Sheraton de la banlieue algérienne. Il faut dire d'emblée que l’élaboration des résolutions n’a pas été facile entre les protagonistes. Car, le chemin qui a conduit à la signature du communiqué final de 16 engagements n'a pas été une sinécure.
La preuve en est qu’Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des affaires maghrébines et africaines, qui a donné une conférence de presse après la rencontre, a insisté, dès le début de son intervention, sur «la franchise» qui a caractérisé les discussions. Franchise est en pareille situation, un euphémisme qui signifie «discussions difficiles», confirmant ainsi l’information selon laquelle le Ministre des affaires étrangères du Mali, Moctar Ouane a quitté les travaux durant plusieurs heures. Normal, selon les Algériens, lesquels arguent que l'essentiel de l'objet de la réunion a été provoqué par la libération par son pays de quatre terroristes en contrepartie de l'élargissement d'un ressortissant français détenu par Al Qaïda.
«Nous avons condamné sans équivoque le paiement de rançons et la prise d'otages et nous avons rappelé l'obligation de chaque Etat d'appliquer intégralement les résolutions de l'ONU à ce sujet», a donc affirmé le ministre Messahel lors de la conférence de presse. (Une allusion faite à peine voilée à l’endroit de notre pays qu’on présente comme payeur ou facilitateur de payement de rançons aux terroristes). L'engagement est bien sûr consigné, noir sur blanc, dans le document final. Les sept pays ont également réitéré leur «ferme condamnation du terrorisme» et leur «détermination à éradiquer ce phénomène» pour «redonner à la région sahélo-saharienne sa vocation d'échanges, de paix, de stabilité et de coopération féconde», est-il également écrit dans le texte remis à la presse ce jour-là. Condamner le terrorisme et s'engager suffit-il pour passer à l'acte ? Abdelkader Messahel croit toujours à «la bonne foi», seule garantie en effet pour respecter les engagements consignés sur papier.
Le Mali n’est pas la seule victime de la mauvaise foi algérienne
Pour une conférence aussi importante qu’elle aborde la sécurité dans la bande sahélo-saharienne, le Maroc, pays saharien par excellence, bien qu’ayant sollicité sa participation, s’est vu refuser purement et simplement l’invitation. Malgré la frontière commune avec son voisin algérien, les autorités de ce pays ont décidé d'exclure le Maroc d'une conférence régionale sur la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir la partie marocaine. C’est le Ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri qui a été le premier à donner le ton : «
Le Maroc est résolument désireux de tourner la page du blocage causé par la diplomatie algérienne. Nous attendons que l'envoyé personnel du secrétaire général de l'Onu pour le Sahara, Christopher Ross, le secrétaire général lui-même et le Conseil de sécurité soient encore plus convaincus que par le passé, que le Royaume du Maroc reste un pays résolument désireux de tourner la page du blocage dans laquelle la diplomatie algérienne nous a posés, pour pouvoir aller de l'avant. Si cela dépendait du Maroc je peux vous assurer que l'affaire serait résolue», a ajouté M. Naciri, relevant que le Maroc est face à «un interlocuteur qui reste encore fermé et qui fait tout pour empêcher le processus de négociation d'avancer ».
Le ministre a souligné que «le comportement de la diplomatie algérienne est d'une stérilité historique et inégalée», ajoutant que ce comportement vis-à-vis de la question du Sahara est aujourd'hui l'un des principaux facteurs de blocage de la construction maghrébine et, «plus grave encore de la sécurité dans la région magrébine». «Que l'Algérie ait pris soin d'empêcher le Maroc de participer à la réunion consacrée à la sécurité dans la région sahélo-saharienne, en dit long sur l'esprit de responsabilité des dirigeants algériens», a indiqué le ministre marocain.
Ensuite, c’est un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération du Maroc indique que «le Royaume du Maroc déplore la réaction négative des autorités algériennes et regrette cette attitude d'exclusion face à une menace pourtant commune et identifiée qui exige nécessairement une réponse concertée et collective au bénéfice de la consolidation de la paix et de la sécurité régionales et de la promotion du progrès et du développement dans toute la sous-région». La même source rappelle que le Royaume du Maroc, «convaincu de la nécessité d'une démarche basée sur la conjugaison des efforts et la coordination des actions pour faire face aux défis sécuritaires régionaux, intimement liés à la paix et la stabilité de chacun des Etats de la région, avait exprimé, officiellement, sa disponibilité à prendre part à cette réunion et à contribuer activement à son succès et avait saisi, dans ce sens, le pays hôte, l'Algérie».
Abdoulaye Diakité
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