Les enfants d'aujourd'hui ne savent rien de leur culture, ni de la tradition"
Absente dans les bacs depuis un certain moment, la diva de la musique malienne, Amy Koïta nous a accordé une entrevue. Dans cet entretien, l'artiste nous parle de la sortie prochaine de son 17e album dans lequel elle évoquera les problèmes que connait la société malienne plus particulièrement l'éducation. Selon elle, presque tous les parents ont laissé les enfants à eux-mêmes. Ils ne savent rien de leur culture ni de la tradition.
Bamako Hebdo : Cela fait longtemps qu'on voit Amy Koïta sur le marché du disque. Est-ce qu'on peut dire que c'est la fin votre carrière ?
Amy Koïta: Effectivement, cela fait longtemps que je mets un album sur le marché. Cela n'exprime pas la fin de ma carrière. Actuellement, je suis en studio pour terminer mon 17 e album. Dieu merci, tout c'est bien passé, l'album doit sortir très bientôt. Mais mon silence s'explique aussi du fait de la piraterie. C'est un phénomène qui connait un sérieux problème. Moi, je fais l'autoproduction, ce n'est pas facile pour moi de me produire et que les gens s'enrichissent sur moi. A cela j'ajoute mes différentes tournées internationales.
Est-ce dans cet album avez-vous travaillé avec d'autres artistes internationaux?
Non, pas du tout. C'est une œuvre 100% Amy Koïta.
C'est un opus réalisé au Mali
Une partie de cet album a été réalisé au Mali et l'autre à Abidjan. Il a été arrangé par Alassane Soumano.
Cet opus comportera combien de titres?
Il comportera huit titres dont j'évoquerai les problèmes de la société surtout l'éducation. Aujourd'hui, presque que tous les parents ont délaissé les enfants. Ces derniers ne savent rien de leur culture, ni la tradition. Il faut que les parents conseillent les enfants car ils ont toujours besoin d'une éducation. Si un parent voit un enfant sur le mauvais chemin qu'il le conseille afin qu'il puisse se ressaisir.
Peut-on dire de cet album qu'il marque un renouveau de la carrière d'Amy Koïta notamment sur la scène musicale, un retour sur la scène internationale?
Un grand retour si l'on considère. Je ne peux pas affirmer que cet album est mon dernier. Tant que Dieu va me donner la force et la santé, je continuerai de faire plaisir à mes fans.
Depuis 30 ans, vous fréquentez la scène musicale malienne. Quel regard portez-vous sur elle?
Elle est toujours aussi dynamique. Je dirais que cela me fait 40 ans de carrière. Le Mali est un grand carrefour de la musique et de la culture, un tremplin qui continue de faire découvrir de nouveaux talents, des talents qui se confirment. Je ne doute pas qu'on entendra parler encore longtemps de la culture malienne et africaine.
Qu'est-ce qui vous a poussée vers la chanson ?
C'est le destin - j'y crois - et mon amour pour la chanson. En plus du destin, mes parents étaient des niamakalas. Depuis mon enfance, j'ai été très vite initiée dans la musique. Si c'était à refaire, je le referai parce que cela permet d'être le porte-parole des sans voix.
Une carrière d'artiste est faite de hauts et de bas. Qu'est-ce qui vous permet de résister ?
Pour cela je Dieu merci, à cela j'ajoute aussi le respect. Dans la vie rien ne vaut le respect. C'est le respect et l'éducation qui a fait que j'ai pu résister jusqu'au jour d'aujourd'hui.
Un bilan de votre carrière musicale ?
Je peux dire qu'elle a été positive. J'ai fais presque toutes les grandes scènes internationales. J'ai reçu des nombreuses distinctions honorifiques au Mali et 'à l'extérieur. En un mot, une carrière très riche.
Qu'est-ce que la musique vous apporte ?
Ce que j'ai aimé beaucoup plus, c'est le respect que tout le monde m'accorde à travers le monde. Partout où je vais c'est la foule qui court derrière moi. Amy par-ci, Amy par-là. Même lors de mon pèlerinage à la Mecque, chaque jour que Dieu faisait il y quelqu'un qui venait me donner de l'argent. A cela s'ajoute aussi la considération que les Chefs de l'Etat m'accordaient. Tout ceci c'est la grâce de Dieu. J'ai obtenu de nombreux contrats internationaux, des distinctions honorifiques de la part des Chefs de l'Etat. Mais s'il y a une chose que je déplore, c'est la piraterie. Il faudra que les autorités nous aident en ce sens. Sinon, je n'envie rien et personne.
Parlant de la piraterie, quel message avez-vous à lancer à l'endroit des autorités?
Je les laisse avec leur conscience. Sinon, on a tout dit sur ce sujet. Si on dit que tu dois prendre tous les dépenses de ton album en charge et qu'au finish tu sors perdante. Si eux-mêmes, ils savent que c'est normal tant mieux. Que Dieu nous aide tous.
Et vos rapports avec les autres artistes
Moi, j'ai de très bons rapports avec tous les artistes tant au plan national qu'à l'international. Tous ceux que les gens disent sur moi, ne sont que des mensonges. Depuis Dieu m'a créé, il n'y a jamais eu de prise de bec entre moi et l'autrui. Si ce n'est pas maintenant, tous les artistes internationaux qui venaient au Mali, étaient toujours chez moi. Tout récemment j'étais à Kinshasa et à Brazzaville pour la célébration des 30 ans de carrière de Tshala Muana. Franchement, il a de très bons rapports entre nous. J'en profite de saluer mes musiciens qui m'ont toujours soutenir dans l'enregistrement de cet album.
Quel est le secret de Amy Koïta, de fait qu'on vous voit toujours dans la peau de la jeunesse?
Moi, je n'ai pas de secret. La vieillesse est obligatoire. Un jour viendra où je vais vieillir. Sinon la vieillesse, c'est dans la tête sinon.
Bandiougou DIABATE